Sainte Apolline et les dents : histoire, patronage et relique de Lézat-sur-Lèze
Sainte Apolline est invoquée pour les maux de dents car on lui a arraché les dents avec des tenailles.
- Patronne des dentistes et des douleurs dentaires.
- Dents arrachées avec des tenailles lors de son martyre.
- Fêtée chaque 9 février, jour de sa mise à mort.
- Relique d’une dent à Lézat-sur-Lèze, frottée sur les gencives.
- Apposée sur les gencives des nourrissons en poussée dentaire.
- Rite encore pratiqué de nos jours par les familles.
Martyre et supplice de sainte Apolline : dents arrachées à la tenaille
Le récit du martyre d’Apolline nous parvient par la lettre de Denys d’Alexandrie, évêque mort en 265, adressée à Fabien d’Antioche. Il y raconte comment, sous l’édit de l’empereur Dèce imposant les sacrifices aux dieux, la vierge fut arrêtée et sommée d’abjurer sa foi.
Comme elle refusait, ses bourreaux lui arrachèrent les dents avec des tenailles, puis lui brisèrent la mâchoire. Selon la tradition, elle fut ensuite conduite au bûcher, où elle acheva son supplice. La fête de sainte Apolline est fixée au 9 février, en mémoire de ce jour.
Cette mise à mort explique le lien si fort entre la sainte et les dents : c’est dans sa chair meurtrie que les fidèles ont reconnu une alliée pour toutes les douleurs dentaires.
Le patronage des maux de dents : pourquoi sainte Apolline ?

Le lien entre sainte Apolline et les dents découle directement de son supplice : on lui aurait arraché toutes les dents avec des tenailles avant de la conduire au bûcher. Par un principe de correspondance cher à la piété populaire, la sainte devenue victime de ce supplice a été instituée patronne des dentistes et de tous ceux qui souffrent des dents.
Cette dévotion s’est transmise pendant des siècles, portée par les confréries de métiers et les prières domestiques. Aujourd’hui encore, elle reste l’une des saintes guérisseuses les plus invoquées pour les douleurs bucco-dentaires, à tel point que son nom revient dès qu’une rage de dents persiste malgré les remèdes habituels.
- Patronne des dentistes et de tous les maux dentaires
- Invoquée contre les douleurs de dents et d’engelures
- Fêtée chaque 9 février, date de son martyre
- Collège Sainte-Apolline à Courdimanche (Val-d’Oise)
Son patronage s’étend aussi aux métiers de la bouche : dentistes, prothésistes, assistants dentaires, qui la prennent volontiers pour protectrice. Dans les campagnes, la tradition voulait que l’on récite une courte prière à sainte Apolline dès les premières douleurs, bien avant de consulter un praticien.
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Le martyre d’Apolline rappelle que les soins dentaires ont une longue histoire : bien avant nos cabinets modernes, on cherchait déjà à corriger les dents, comme le montrent les premiers appareils dentaires de l’Antiquité. Aujourd’hui, la profession s’organise, avec un nouveau statut d’assistant en médecine bucco-dentaire qui élargit les missions au fauteuil.
La figure du dentiste, si familière aux dévotions populaires, a aussi inspiré la chanson : le Blues du Dentiste met en scène un narrateur réveillé par une rage de dents, puis sa visite chez un praticien nommé Durand. Le titre circule également sous le nom de « Blouse du dentiste ». Un clin d’œil musical à un métier que sainte Apolline a pris sous sa protection.
Et pour sourire sans complexe, l'écart entre les incisives n'est plus vu comme un défaut.
La relique de Lézat-sur-Lèze : une dent pour apaiser bébés
À Lézat-sur-Lèze, en Ariège, l’église conserve une relique insigne : une dent supposée de sainte Apolline, enchâssée sur un manche d’argent. Ce trésor local fait de la sainte la protectrice toute trouvée des tout-petits.
La tradition veut que l’on appose la dent sur les gencives des enfants, en la frottant doucement. Les parents y recourent pendant les poussées dentaires, quand bébé souffre et pleure sans répit.
Ce geste, transmis de génération en génération, est encore pratiqué de nos jours. Au-delà du rite, il offre aux familles un moment de réconfort et de confiance, porté par la figure de la sainte au 9 février.
Biographie de sainte Apolline : Alexandrie au IIIe siècle
Contexte historique et persécutions de Dèce
Pour comprendre le destin d’Apolline, il faut se replonger dans l’Alexandrie du IIIe siècle, ville cosmopolite où se croisaient savants, marchands et communautés chrétiennes encore minoritaires. La cité vivait au rythme de ses écoles et de son port, mais aussi sous la menace grandissante des autorités romaines.
Le tournant survient avec l’édit de Dèce promulgué en 250. Cet édit impose à tous les habitants de l’Empire un sacrifice public aux dieux, sous peine de sanctions. Refuser revenait à s’exposer à la prison, à la torture ou à la mort.
À Alexandrie, la répression fut particulièrement rude. Les chrétiens qui s’y dérobaient étaient dénoncés, arrêtés, parfois tués sans procès. C’est dans ce climat d’insécurité que la jeune Apolline, alors âgée et respectée au sein de sa communauté, fut arrêtée pour avoir refusé de renier sa foi.
Sources historiques : la lettre de Denys d’Alexandrie
L’essentiel de ce que nous savons provient d’une source de première main : la lettre de Denys d’Alexandrie, évêque de la ville, adressée à Fabien d’Antioche. Ce texte est considéré comme le témoignage historique le plus fiable sur le martyre d’Apolline.
Denys y raconte les faits avec sobriété. Il décrit la foule qui s’emparait des chrétiens, les sévices subis et la fermeté d’Apolline, qui préféra endurer le supplice des dents arrachées plutôt que de prononcer une formule de reniement.
Ce récit est précieux car il précède de peu la mort de Denys en 265. Il nous transmet un écho direct de ces persécutions, sans les embellissements que la tradition populaire ajoutera par la suite.
Iconographie et attributs : tenailles, dents et palme du martyre
| Œuvre | Lieu de conservation | Datation | Attributs représentés | Support |
|---|---|---|---|---|
| Livre d’heures d’Étienne Chevalier | Musée Condé, Chantilly | XVe siècle | Tenailles, dents arrachées | Enluminure |
| Martyre de sainte Apolline | Musée du Louvre, Paris | Tenailles, palme | Dessin, encre grise | |
| Vitrail de la cathédrale | Saint-Étienne de Sens | Longue tenaille | Vitrail | |
| Fresque du martyre | Avenches, Suisse | XVe siècle | Tenailles, dents | Fresque murale |
| Statue de la chapelle | Trinité de Quéven | Tenailles, palme | Statue |
Pour reconnaître sainte Apolline dans une église ou un musée, un réflexe suffit : chercher la tenaille. Cet outil de torture, tenu à la main ou posé près d’elle, constitue son attribut le plus constant. Il rappelle le supplice des dents arrachées, au cœur de sa légende.
La palme du martyre l’accompagne souvent, signe distinctif des saints morts pour leur foi. À la cathédrale Saint-Étienne de Sens, un vitrail la montre tenant une longue tenaille, presque aussi grande qu’elle. Le message est immédiat, même pour qui ignore son histoire.
L’enluminure de Jean Fouquet, conservée au Musée Condé de Chantilly dans le Livre d’heures d’Étienne Chevalier, reste l’une des représentations les plus raffinées. Le Louvre conserve de son côté un dessin à l’encre grise intitulé « Martyre de sainte Apolline ». Un tome de Romania, aux pages 468-505 (livraisons 487-488), cite d’ailleurs l’Apolline de Fouquet, preuve de l’intérêt savant pour cette figure.
En Suisse, la fresque du XVe siècle d’Avenches, dans l’église réformée Sainte-Madeleine, illustre la scène du supplice. En Bretagne, la chapelle Trinité de Quéven abrite une statue de la sainte. Chaque époque et chaque région décline ainsi le même trio d’attributs : tenailles, dents et palme.
